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« Charity Business » bien ordonnée commence par soi-même…

Par / 28 février 2018 / / 0 Commentaires

A priori, lorsque je pense philanthropie, je pense à un rééquilibre des chances. Je songe à la compassion et à l’empathie de ceux et celles qui, reconnaissants de ce que la vie leur a amené jusqu’ici, choisissent de redonner aux malchanceux, aux mal pris, aux démunis.

C’est pourquoi je trouve intéressant, et représentatif de la société dans laquelle on vit, que la santé mentale ait été choisie comme cause sociétale par Bell – #BellCause. Les problèmes de santé mentale… un mal insidieux, persistant, qui fait de plus en plus de ravages justement parmi les mieux nantis d’entre nous! Ou en tout cas, parmi ceux qui ont la chance de pouvoir compter sur un emploi bien rémunéré qui leur permet de poursuivre leur rêve américain, de profiter de leur précieuse liberté civile individuelle… Précieuse mais parfois coûteuse, lorsque l’engrenage de « la matrice » nous pousse trop fort, trop loin.

C’est vrai, on peut questionner les intentions derrière ce qu’on nomme désormais le philanthrocapitalisme, ou philanthropie d’affaires. Cet élan entrepreneurial n’est-il, au fond, qu’opportunisme dénué de valeurs humaines? Une mainmise sur une cause laissée-pour-compte dans le grand sac à pige dont disposent les wanna be bons citoyens corporatifs?

Dans la foulée de l’affaire « Samuel Archibald vs Desjardins », on voudrait à tout le moins voir un sens dans le choix de la cause appuyée : est-ce le reflet d’un symptôme? Une confession? Comme l’aveu pieux (sic) d’une grande entreprise qui a vu ses cadres surmenés tomber comme des mouches? Ou est-ce plutôt une forme de revendication sociale, une déclaration citoyenne, un vote pour le changement?

On peut aussi questionner la manière. Pourquoi l’entreprise privée, que ce soit Bell ou une autre, aurait-elle un droit de regard sur la gestion de fonds sensés servir des clientèles qui leurs sont étrangères, en termes d’expérience ou d’offre professionnelles?

On peut se questionner sur la pertinence des nombreux critères d’admission auxquels doivent répondre les organismes pour avoir droit à leur part du gâteau, les obligeant à se plier à des exigences coûteuses. En effet, on parle de reddition de compte accrue et d’une augmentation du temps consacré à compiler les rapports et à rédiger les dossiers à soumettre aux financeurs.

La doctorante québécoise, Annabelle Berthiaume, souligne d’ailleurs que ce type de financement, souvent attribué à des projets spécifiques à court terme, et non à la mission globale, contribue à fragiliser les organismes. Elle en parle comme d’une « posture minant le potentiel expérimental de l’action communautaire, qui a historiquement été une de ses plus grandes forces. »

On peut alors se questionner sur les résultats, à plus long terme. En exigeant des organismes, même avec les meilleures intentions de bonne gouvernance du monde, des résultats bien précis avant même de leur donner les moyens d’agir de façon rapide, intuitive, spontanée en situation de crise, sommes-nous en train de dénaturer, d’oblitérer le fondement « organique » du mouvement caritatif? Autrement dit, – fait vécu – sommes-nous en train d’exiger d’un organisme qu’il assure le forage d’un puits alors qu’il a besoin de fonds pour vacciner des enfants contre la méningite?

Oui, on peut se questionner longtemps sur les tours et détours du business caritatif.

Mais force est d’admettre que c’est dans un contexte de réduction du financement étatique des organismes communautaires que le discours philanthropique s’est introduit peu à peu dans le milieu des affaires, ici et ailleurs. Dans un contexte où la bonne action n’est plus l’apanage d’un système de pensée traditionnel religieux.

En devenant le champion défenseur des organismes de première ligne en matière de santé mentale, et en faisant peut-être la promotion de la santé et du mieux-être au travail dans ses rangs (après tout, Bell compte parmi les 100 meilleurs employeurs au Canada…), l’entreprise de communications démontre qu’elle se soucie des citoyens, qui sont aussi ses clients.

Ce qu’on souhaiterait, cependant, c’est que tous ces nouveaux bailleurs de fonds et porte-étendards de causes fassent davantage confiance aux organismes qu’ils soutiennent. À mon avis, moins d’ingérence et plus de souplesse rendrait le partenariat plus efficace… Après tout, qui est au front – et au cœur de la mission? Ce sont les organismes qui possèdent le bon mélange d’expérience et d’intuition nécessaire à un type particulier d’interventions qui se développe d’humain à humain, ne l’oublions pas.

Pour en savoir plus sur le philanthrocapitalisme, lisez le billet de Fannie.

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