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En tenant ma marche par la main : un poème de Jean Morisset rédigé pour et récité par Chloé Sainte-Marie

Par / 19 septembre 2017 / / 0 Commentaires

Le 8 septembre dernier, Chloé Sainte-Marie, artiste et fondatrice de la Fondation Maison Gilles Carle, a été invitée par Atypic pour participer à un panel sur le changement social, dans le cadre de l’événement Rééquilibrer la société, co-organisé par Atypic, Henry Mintzberg et Coaching Ourselves. Voici le poème qu’elle a lu en guise d’introduction, et qui a ému l’assistance.

Sous la formulation proposée
– Rééquilibrer la société –
nous conviant à « faire en sorte que les changements sociaux se produisent »,
 j’ai pensé dialoguer avec le social lui-même.

 

Je me dis… je me dis…

respirer le social

chanter le social

Caresser de ses mains

le corps du social en mouvance

Je me dis qu’il y a un appel tactile

qui persiste sous la peau du social

Je me dis qu’il y a

sous le sentiment du social

une marche de l’humanité

*

Moi… je suis une artiste une comédienne

une tite chanteuse pop-pulaire

C’est Wikipedia qui l’affirme

Mais il y a un oubli notoire

dans ce qu’on dit de moi

On m’a demandé un jour de me présenter

et de dire ce que je suis

Et j’ai répondu… je suis une seule chose

je suis une animale sociale en déambule

Je suis une voix en marche

à travers le fleuve du social

Et sans le marcher je pertube

Je perds mon équilibre mental

je perds tout mon social… tout mon être

*

Rééquilibrer la société ?

Si on veut rééquilibrer

c’est donc qu’il y avait en amont

un équilibre disparu sous

les terres ancestrales rompues

C’est quoi l’équilibre antérieur

qu’on veut réinventer dans le…

le là-maintenant du ré…é… qui…libre

du «ré» qui veut être libre à nouveau

Je pose la question

et tout ce que je peux répondre

c’est mon chant qui le dit

Il est où l’équilibre? Je le vois

Remonter la rivière à l’automne

pour aller au camp d’hiver

qui se trouve exactement là…

là où le gibier décidera qu’il soit

Mais il est où le gibier et le camp d’hiver…

en Floride ou en Ungava?

Et le camp d’été… il est où?

Sur les plages artificielles

installées au Centre-Ville

pour se déshabiller le social

et jouer au déséquilibre du paysage

Ou le long du fleuve qui ouvre tout grand

les bras-marées de ses rivages

C’est quoi le déséquilibre?

Avoir perdu ses rivières et les

racines mouvantes de ses rêves?

Une société qui cesse de rêver…

une société qui cesse de se rêver

est une société en instance d’évaporation

Pourquoi tous ces visages morts

en dehors des cimetières?

À tous ces vivants qui ne rêvent plus

je préfère de vrais morts qui rêvent

Des morts au chant vibrant

du Nomade négociant les rapides

et du Chamane Algonquien

au canot envoûtant du portage social

qui sans cesse se réinvente

sous la cathédrale du firmament

*

Mais je vis désormais dans un pays bungalowïsé

qui carbure à la fantaisie pré-composée

en tondant ses pelouses peignées à l’intoxiqué

Tondeuses à gazon  Tondeuses à neige

Tondeuses à feuilles  Tondeuses à sociétés

La négation de la nature

la négation de sa nature

Et alors je dis… que vienne enfin

la négation de la négation

Et tenant ma marche par la main

Poursuivre la piste glorieuse

de sa liberté sociale bénévole

Et la pleine autonomie

de son imaginaire retrouvé

 

Texte de
Jean Morisset
rédigé pour Chloé Sainte-Marie,
ce 04 septembre 2017.

 

Pour voir la vidéo captée en direct

 

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