Côté charité, je ne suis pas certaine de ce dont on a l’air à l’échelle mondiale, mais on dit qu’à l’échelle du pays, le Québec fait piètre figure. On serait plus radins que d’autres provinces.

Certains y voient une trace d’héritage culturel alors que les communautés anglophones, par tradition, ont depuis longtemps intégré le geste caritatif, le devoir philanthropique, dans leur façon de contribuer à la communauté.

D’autre part, il faut dire aussi que les communautés anglophones du Québec ont été, historiquement, celles qui avaient le plus de moyens… Une grosse proportion de francophones, il y a moins de 100 ans, en avait encore plein ses bottines pour assurer sa propre survie au quotidien et n’avait pas toujours le temps de s’imaginer dans les souliers de l’autre. Surtout qu’à l’époque, il y avait Dieu sur qui compter, bien qu’on attendait de chacun qu’il se retrousse les manches toujours plus haut (Aide-toi et le ciel t’aidera) et qu’il se mêle de ses affaires.

Et si ce pan de notre histoire avait occulté en nous bien plus qu’une tradition du geste de donner aux plus vulnérables, mais aussi brouillé une grande part de nos réflexes perceptifs face à ce qui nous entoure? Comme si on avait veillé à se désensibiliser. Et si le Québécois moyen niait en lui depuis trop longtemps toute forme de romantisme?

Quel rapport?

Romantisme : mouvement opposé au classicisme, qui privilégie le sentiment à la raison.

Je pense que l’empathie peut naître de bien des façons, mais qu’elle est certainement nourrie d’une bonne part de romantisme. Car qui dit romantisme dit aussi sensibilité, émotions, rêves, idéaux…

Pour avoir voyagé un peu, je peux dire que j’ai rencontré des cultures plus romantiques que d’autres. Et j’ai le sentiment que le Québécois moyen s’est forgé, au siècle dernier, une carapace le préservant à la fois de son propre malheur et de celui des autres. Par peur de se mettre en danger? Par manque de temps pour s’apitoyer?

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Je suis peut-être une romantique récemment sortie du placard, mais j’ai le sentiment que ces remparts, à l’intérieur desquels nous nous sommes collectivement réfugiés, sont en train de s’effriter.

Parce qu’on a une meilleure qualité de vie.

Parce qu’on a la chance d’habiter un pays qui reconnaît les droits humains, les opinions, et dont les politiques vont, bon an mal an, dans le sens du bien commun. Parce qu’on tend idéologiquement vers la réduction des inégalités.

Parce qu’on veut être plus intelligents, plus « connaissants », on n’a pas le choix de s’ouvrir au reste du monde. Alors on voyage, on lit, on s’intéresse aux autres et à leurs différences.

Parce qu’on n’aime pas les moules trop carrés – ou les moules, tout simplement. Parce qu’on veut croire que la forme peut changer.

Parce que se laisser toucher, parfois, peut révéler quelque chose sur soi.

Parce qu’avoir peur, parfois, c’est moins pire que d’entretenir l’indifférence.

Parce qu’apprendre, c’est tellement mieux que de croire qu’on sait.

Dans mon travail de conceptrice-rédactrice chez Atypic, c’est à votre côté romantique que je m’adresse. D’où l’importance de l’aspect « conceptuel » de la tâche : un bon concept va contribuer à susciter l’intérêt, la curiosité, l’indignation ou un sourire dont la faveur me permettra de mieux vous attendre dans le détour…

Car être romantique, c’est vouloir marquer des esprits et être marqué par eux. C’est ressentir beaucoup et différemment, c’est voir ce que d’autres ne voient pas, c’est admettre une forme de bien-être existentiel tant pour soi que pour les autres. C’est se laisser aller à abattre des murs, des frontières et à imaginer l’autrement. C’est prendre de grandes inspirations plutôt que de pousser de lourds soupirs de dépit. C’est une façon à la fois sensible et enthousiaste d’appréhender le monde et la vie.

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Pour aller plus loin

Pour un portrait plus complet de la philanthropie au Québec (et un peu moins impressionniste), lisez ceci.

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